Actualités des fêtes
Décorations de Noël
Patrimoine ou religion?
Photo: Archives/Agence QMI
MONTRÉAL – Les décorations de Noël ont leur place dans l’espace public, car elles relèvent plutôt du patrimoine et de l’histoire que de la religion, selon le philosophe Charles Taylor.
Le coprésident de la commission Bouchard-Taylor, sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, explique ainsi la présence du sapin de Noël dans les lieux publics.
«Les sapins de Noël, ce n’est pas tellement chrétien, s’est-il exclamé. C’est païen, c’est nordique, et ça été adopté par les sociétés chrétiennes. Contrairement au crucifix, qui est un symbole très lourd de sens, le sapin de Noël ne devrait pas vraiment nous troubler.» Selon le philosophe, il faut savoir faire la différence entre ce qui relève du patrimoine et des coutumes, et ce qui a trait à la religion.
«La ligne entre coutumes et religion est très mince», assure M. Taylor.
C’est donc la combinaison de l'importance que l'on accorde à nos symboles patrimoniaux et la sévérité contre ceux des autres qui pose plutôt problème. Le philosophe avance même que parfois, les gens qui, eux-mêmes, portent des signes s’apparentant à leur religion, comme le turban du sikh, ne définissent pas clairement s’ils le font plutôt par coutume ou par sentiments pieux.
«Mais distinguer ce qui relève du patrimoine et du religieux, c’est très difficile. Et c’est une question d’ensemble, précise-t-il.
Pourquoi avons-nous proposé dans notre rapport que le crucifix à l’Assemblée nationale soit enlevé, d’une part, et que de l’autre, une jeune fille musulmane puisse porter le hijab? D’abord parce que le premier symbole affecte et touche l’identité d’une institution publique.
C’est là où la législation se fait au Québec. Il faut regarder l’histoire qu’il y a derrière les symboles. C’est un symbole tellement lourd; c’est très très catholique.» D’un autre côté, «si on est très ouverts pour les symboles de la tradition et très catholiques, mais très sévères pour les signes religieux des autres, ça envoie un message absolument intenable.» Selon Charles Taylor, il y a en ce sens une bonne laïcité, et une mauvaise laïcité.
«C’est la combinaison du refus d’enlever le crucifix, avec la ligne très dure pour enrayer tous les autres signes qui seraient portés par les individus qui est absolument inacceptable. Les gens n’en sont pas conscients, mais ça envoie un message tellement discriminatoire.» M. Taylor a participé lundi soir à une rencontre dialogique, animée par le professeur Norman Cornett, dans le but de faire ce qu'il appelle l'éducation communautaire. Le public a pu échanger et débattre à cette occasion sur plusieurs sujets touchant la commission Bouchard-Taylor.


















